À propos

Le colloque

Il y a une vingtaine d’années, le sociologue Robert Castel, dans son livre influent Les métamorphoses de la question sociale, invitait à réfléchir à cette « aporie fondamentale sur laquelle une société expérimente l’énigme de sa cohésion et tente de conjurer le risque de sa fracture » causée par les inégalités sociales et les problèmes sociaux dans un régime démocratique. Nous entendons, dans le cadre de ce colloque, poursuivre cette réflexion qui est toujours d’actualité comme le démontrent les nombreuses discussions soulevées par les thèses récentes de Thomas Piketty sur la croissance des inégalités sociales au XXe siècle, du juriste Alain Supiot sur la crise de l’esprit de la justice sociale hérité de la Déclaration de Philadelphie sur les droits universels de l’Organisation internationale du Travail en 1944, ou des constats des organisations internationales qui témoignent d’une croissance des inégalités dans la plupart des régions du monde. Ce colloque vise donc à renouveler les problématiques relatives à l’analyse historique des problèmes sociaux et des inégalités sociales en questionnant ces enjeux sous l’angle de la citoyenneté. Enfin, nous envisageons la publication d’un ouvrage collectif sur la thématique du colloque.

Ce colloque international, organisé par le Centre d’histoire des régulations sociales, visera à interroger les inégalités sociales sous l’angle de la citoyenneté. Davantage qu’un statut juridique conféré par l’État ou découlant d’un « contrat social », la citoyenneté apparaît, dans la recherche récente en histoire, comme l’objet et le résultat de luttes de pouvoirs, qui visent à définir « des membres compétents de la société ». Le concept de citoyenneté apparaît ainsi comme un puissant révélateur des inégalités et des luttes sociales qui traversent les sociétés contemporaines. Ce sont différents aspects de l’histoire de ces inégalités et de ces luttes qu’interrogeront les participants à notre colloque.

Afin de favoriser la multiplication des points de vue, nous avons opté pour la tenue d’une rencontre scientifique internationale et pluridisciplinaire (histoire, sociologie, criminologie, droit, géographie, sciences politiques). En dix panels comprenant une trentaine de communications, ce colloque réunira des chercheurs établis et émergents, provenant de six pays sur trois continents. Aux professeurs reconnus comme spécialistes de l’histoire de la question sociale se joindront ainsi huit doctorants et doctorantes.

Les communications se répartiront en trois sous-thèmes. Premièrement, nous analyserons comment des groupes historiquement marginalisés par les régimes de citoyenneté en Occident construisent leur identité, en tant que peuple, classe ouvrière, femmes, jeunes, immigrants et personnes mentalement ou physiquement handicapées. Deuxièmement, nous aborderons la construction de normes sociales, d’abord en matière de nouveaux rapports aux corps, puis de délinquance des jeunes et de criminalité des adultes. Troisièmement, nous discuterons de la citoyenneté dans l’histoire de la formation de l’État, à travers la reconnaissance politique du droit social au Québec, en France et en Colombie et de l’émergence de la « nouvelle question sociale ». Une table ronde viendra clore la seconde journée de colloque par une discussion sur les perspectives de la recherche en histoire de la question sociale, en s’inspirant des travaux de notre regretté collègue, Jean-Marie Fecteau (1949-2012), à la mémoire duquel ce colloque est dédié.

L’équipe

Pluridisciplinaire, le CHRS, dont le directeur est Martin Petitclerc, regroupe 12 professeurs-chercheurs québécois provenant de 8 établissements postsecondaires. Depuis ses débuts en 1990, notre équipe documente et interroge l’histoire des inégalités sociales et des problèmes sociaux (crime, pauvreté, folie, déviance, etc.) au Québec. Nous étudions avant tout la dynamique conflictuelle de construction et d’imposition des normes qui structurent la vie en société. Après un important renouvellement de ses membres, notre équipe a reçu en 2014 une subvention d’infrastructure d’une durée de quatre ans du Fonds de la recherche du Québec – Société et culture (FRQSC), pour une programmation scientifique intitulée « Le gouvernement de la misère et la citoyenneté : pauvreté, maladie et crime dans l’histoire du Québec ».

Pour ce colloque, nous avons constitué un comité d’organisation composé de quatre professeurs spécialistes de l’histoire de la question sociale ou de la citoyenneté : Louise Bienvenue (U. Sherbrooke), David Niget (U. Angers), Stéphane Savard (UQAM) et Martin Petitclerc (UQAM). Deux doctorants, qui mènent leur recherche sur l’histoire de la question sociale, sont également membres du comité d’organisation, soit Martin Robert (UQAM) et Cory Verbauwhede (UQAM). À ce jour, en plus du soutien de notre centre de recherche, notre projet de colloque a reçu l’appui enthousiaste des instances de l’UQAM (Département d’histoire, Faculté des sciences humaines), de deux regroupements stratégiques (Centre de recherche sur les innovations sociales et le Centre interuniversitaire d’études québécoises), du Centre de recherches historiques de l’Ouest (CERHIO, U. Angers), de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en santé (U. Ottawa) et du Programme EnJeu(x) Enfance & Jeunesse (U. Angers). Enfin, notre comité est fier de s’associer dans ce projet avec une institution montréalaise de valorisation de la culture, l’Écomusée du Fier Monde, qui prêtera ses locaux pour une activité de réseautage prévue au colloque.

Enfin, le blogue est animé par quatre étudiants du département d’histoire de l’UQAM, qui publieront chaque semaine, du 13 juin au 29 août, une à deux entrevues présentant une conférencière ou un conférencier : Noémie Charest-Bourdon, Benoit Marsan, Martin Robert et Cory Verbauwhede.

Pour toutes questions sur la coordination du colloque, consultez la page sur les renseignements utiles ou référez-vous à Kim Petit, coordonnatrice au CHRS.