Magda Fahrni

Publié le 28 août 2016*

Magda Fahrni est professeure régulière au département d’histoire de l’UQAM. Elle est l’une des principales spécialistes de l’histoire sociale des femmes au Canada.


Entrevue par Cory Verbauwhede, en vue de la communication qui aura lieu le 1er septembre à 13 h 30 intitulée « Œuvrer au sein du « département des Questions Sociales » : Inspectrices du travail et citoyenneté sociale au tournant du 20e siècle ».


Cory Verbauwhede : Parlez-nous de votre parcours académique et comment vous en êtes arrivée à étudier les premières inspectrices du travail du Québec.

Magda Fahrni : Mes études doctorales à l’Université York dans les années 1990 centraient autour du développement du sens de la citoyenneté sociale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale lors de l’implantation de l’État-providence, d’abord au niveau fédéral, puis au Québec. Mon approche était assez intimiste : je focalisais sur le vécu des familles dans les années 1940 à Montréal, ainsi que les liens et tensions entre la citoyenneté et le genre. Après le doctorat, je me suis intéressée à l’histoire de la santé publique. En particulier, je me suis demandée pourquoi et comment on s’est mis à calculer les risques de la vie quotidienne. J’ai voulu comprendre l’« infrastructure du risque » qui s’est construite autour des accidents, notamment des accidents du travail, même dans le domaine souvent non-rémunéré du travail des femmes et des enfants. Je me suis attardée à ses experts émergents – fonctionnaires, réformateurs, médecins, juristes, comptables, actuaires, assureurs, etc. – et c’est ce qui m’a menée aux inspectrices du travail sous la première loi de cette nouvelle ère du risque, l’Acte des manufactures de Québec de 1885, dont le titre long est Acte pour protéger la vie et la santé des personnes employées dans les manufactures.

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Maggie Jane Elmore

Published on August 22, 2016

Maggie Elmore is a doctoral candidate in US history at the University of California, Berkeley. She’s a former Harry Middleton Fellow in Presidential Studies and a current research fellow at the Bancroft Library. She is currently completing a dissertation, “Claiming the Cross: How Ethnic Mexicans, the Church, and the State Forged an Alliance that Transformed America’s Most Powerful Church, 1923-1986” under the direction of Mark Brilliant. Her scholarship examines how the forging of a church-state partnership between the US federal government and the US Catholic Church impacted ethnic Mexicans – both US citizens and non-citizen residents – and how ethnic Mexicans strategically used that alliance to fight for a more inclusive Catholic Church and US society during the twentieth century. Lire la suite…

Cory Verbauwhede

Publié le 14 juillet 2016*

Cory Verbauwhede est avocat et candidat au doctorat en histoire à l’UQAM sous la direction de Martin Petitclerc (CHRS, UQAM) et Marie-Claude Prémont (ENAP). Ses principaux intérêts de recherche sont le droit social, l’histoire du droit et l’État providence. Dans le cadre du colloque Question sociale et citoyenneté, il propose une communication intitulée « Claude Castonguay, champion du social malgré lui : réflexions sur le “welfare state moment” québécois ». Dans cette présentation, il cherche à questionner les fondements de l’État providence en problématisant le mythe du héros fondateur de l’assurance maladie québécoise.


Entrevue par Benoit Marsan, en vue de la communication qui aura lieu le 1er septembre à 15 h intitulée « Claude Castonguay, champion du social malgré lui : Réflexions sur le ‘Welfare State moment’ québécois ».


Benoit Marsan : Pourquoi étudier un personnage comme Claude Castonguay?

Cory Verbauwhede : Claude Castonguay, le mal-nommé « père » de l’assurance maladie qui a inspiré le nom, à une époque très répandu, de la carte donnant droit à des services médicaux et hospitaliers universels et gratuits, la « castonguette », est un acteur tout à fait fascinant pour qui veut comprendre les complexités et ambiguïtés de l’État providence, et ce pour plusieurs raisons. Étant un immigrant au Québec, je ne l’ai « rencontré » qu’au sortir de mes études de droit, alors que mon intérêt pour le droit social m’avait amené à voir le système public de santé comme le programme le plus abouti de l’État providence québécois et canadien. L’arrêt Chaoulli c. Québec de la Cour suprême du Canada, publié en 2005 pendant l’été de ma dernière année d’études, a remis en question ce programme en ouvrant l’assurance maladie à une concurrence potentiellement fatale de la part des assureurs privés, une décision que les trois juges dissidents (sur sept!) ont comparé aux décisions réactionnaires de la Cour suprême des États-Unis cent ans plus tôt qui avaient notamment invalidé des lois établissant un nombre quotidien maximal d’heures de travail au nom de la liberté contractuelle. C’est cet arrêt tout à fait absurde en termes de droits humains qui a lancé ma croisade pour tenter de sauver l’assurance maladie universelle des puissantes forces qui le menaçaient, et en premier plan … de Claude Castonguay lui-même.

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Clara Deville

Publié le 11 juillet 2016*

Clara Deville est travailleuse sociale et doctorante en sociologie à l’Université de Picardie Jules-Verne (Amiens). Ses recherches portent sur le phénomène croissant du non-recours aux droits sociaux, où malgré l’octroi de droits, leurs bénéficiaires n’en font pas usage, soit par méconnaissance, soit, le plus souvent, par choix. Ce choix découle d’une nouvelle conception des droits sociaux portée par les politiques sociales dite « d’activation » des bénéficiaires, une hybridation des politiques assistancielles et des politiques d’insertion professionnelle qui est au cœur de la nouvelle question sociale et du renouvellement de la distinction entre pauvres méritants et déméritants, des motifs historiques propres au libéralisme du XIXe siècle.


Entrevue par Cory Verbauwhede, en vue de la communication qui aura lieu le 2 septembre à 11 h intitulée « Le non-recours au RSA : les effets d’une nouvelle conceptualisation de la question sociale sur l’accès aux droits ».


Cory Verbauwhede : Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser au phénomène du « non-recours » aux droits sociaux?

Clara Deville : Je suis travailleuse sociale depuis 2009 et dans le cadre de mon travail j’ai pu constater de près les conséquences des mesures d’individualisation des droits sociaux et d’activation des bénéficiaires telles que le revenu de solidarité active (RSA). Je suis retournée aux études afin de mieux comprendre les effets de ces politiques. Mes recherches dans le cadre de la maîtrise portaient sur des exploitants agricoles de la Gironde dont la récolte et les outils de travail avaient été détruits par la grêle. On leur proposait le RSA, mais ils n’en voulaient pas. C’est ainsi que le concept du « non-recours » s’est révélé comme un fertile champ de recherche permettant de se poser, sous de nouveaux angles, d’anciennes questions ayant trait à l’accès effectif aux droits et à la difficulté de leur mise en œuvre.

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Patricia Toucas

Publié le 13 juin 2016*

Patricia Toucas-Truyen, chercheure associée au Centre d’histoire du XXe siècle de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, est l’une des principales spécialistes de l’histoire de la protection sociale et de l’économie sociale en France. Dans sa contribution au colloque Question sociale et citoyenneté, elle invitera à revisiter la forme historique de la « démocratie sociale », qui aurait caractérisé le projet de Sécurité sociale en France après 1945. En effet, là où le projet de réforme des dispositifs d’aide sociale mettait en avant la construction d’un système assurantiel dans lequel étaient associés les bénéficiaires, l’analyse de Patricia Toucas montre que la mise en œuvre, puis les réformes du système au nom de sa « bonne gestion », ont progressivement éludé le projet politique de participation citoyenne.


Entrevue par Cory Verbauwhede, en vue de la communication qui aura lieu le 1er septembre à 16 h intitulée « L’échec de la démocratie sociale en France ou l’impossible promotion citoyenne par la protection sociale ».


Pour Patricia Toucas, l’histoire de la construction de la protection sociale, depuis le premier encadrement juridique des mutuelles en 1852 jusqu’à la mise en place de la Sécurité sociale en 1945, trace la montée de l’idéal de la citoyenneté participative, puis sa déchéance à partir de la fin des années 1960.

Cory Verbauwhede : Parlez-nous un peu de vos intérêts de recherche.

Patricia Toucas : Je suis une historienne de l’économie sociale, plus précisément des mouvements mutualiste et coopératif. L’argument que j’ai développé dans ma thèse à la fin des années 1990 était que, contrairement à la vision portée par plusieurs historiens d’une mutualité de notables au 19e siècle, les sociétés de secours avaient été des sortes de forums où s’apprenait la citoyenneté républicaine, et ceci avant même la mise en place de la Troisième République. Il y avait certes des tentatives de cooptation par les notables, et l’éthique de responsabilisation sous-tendant la pratique mutualiste s’alignait avec leurs intérêts, cependant la fonction même de responsabilisation des individus passait nécessairement par une gestion démocratique. La plupart des sociétés étaient donc bel et bien gérées par les membres participants, échappant de ce fait au contrôle des notables, et en partie à celui des pouvoirs publics. L’analyse historienne sur les mutuelles ne doit pas se limiter à la fonction de protection (et dans ce domaine, elles ont assurément joué un rôle précurseur), il s’agit aussi d’un mouvement social qui a été, à l’origine, un nouvel espace d’émancipation investi par des travailleurs modestes qui s’organisaient collectivement et solidairement pour faire face aux difficultés de l’existence. Question sociale et citoyenneté sont déjà au cœur de l’histoire mutualiste au 19e siècle.

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Claude Castonguay, champion du social malgré lui : Réflexions sur le ‘Welfare State moment’ québécois

Cory Verbauwhede
Jeudi le 1er septembre 2016 à 15 h

La contribution de Cory Verbauwhede, juriste de formation et doctorant en histoire à l’UQAM (boursier CRSH), porte sur le projet providentialiste québécois dans les années 1960, et en particulier sur les travaux de la Commission Castonguay-Nepveu qui a institué l’assurance-maladie au Québec. À un récit historique classique selon lequel les fondateurs de l’État providence auraient voulu proposer une alternative radicale au libéralisme économique, C. Verbauwhede indique au contraire que les principaux acteurs des réformes sociales au milieu du XXe siècle ont tenté de conjuguer doctrine libérale et providentialisme, loin de l’universalisme des droits affiché comme un principe. Sa contribution invite donc à repenser la genèse, mais aussi les « crises » subséquentes du welfarisme, notamment au Québec.

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Les problèmes sociaux et les règles de l’individualité contemporaine

Marcelo Otero
Jeudi 1er septembre 2016 à 15 h

Marcelo Otero, qui vient de publier Les fous dans la cité (2015) est auteur de plusieurs publications importantes sur la santé mentale, l’itinérance et, plus généralement, les problèmes sociaux. Il proposera dans cette communication une vue globale sur l’évolution des sociétés postmodernes depuis une quarantaine d’années, au regard d’une problématique centrée sur la question sociale dans son rapport à l’individualisme contemporain. Il posera de manière synthétique les jalons d’une analyse qui identifie les injonctions contradictoires qui interpellent les individus dans nos sociétés, où « le social » réinventé dans le creuset de l’individualité contemporaine, apparaît tantôt comme une forme d’émancipation, tantôt comme une aliénation.

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Training Citizens : The unusual case of the Boy’s Home of Montreal, 1870-1905

Janice Harvey
Jeudi le 1er septembre 2016 à 11 h

Membre du CHRS, Janice Harvey est une spécialiste reconnue de l’histoire sociale de l’enfance, des femmes et de la pauvreté au Canada. Elle publiera prochainement une monographie importante sur l’histoire des services sociaux protestants à Montréal au XIXe siècle. Par sa présentation inscrite dans la séance « Réformes sociales au début du XXe siècle », elle mettra en lumière le marqueur identitaire de l’âge et les préoccupations entourant la transformations de jeunes bénéficiaires de services charitables protestants (les enfants victimes de pauvreté) en futurs citoyens au tournant du XXe siècle. De cette façon cette historienne réputée contribuera à une réflexion transversale au sein du colloque : l’étude des liens entre âge et citoyenneté.

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Œuvrer au sein du « département des Questions Sociales »* : Inspectrices du travail et citoyenneté sociale au tournant du 20e siècle

Magda Fahrni
Jeudi le 1er septembre 2016 à 13 h 30

Une des principales spécialistes de l’histoire sociale des femmes au Canada (codirectrice de Canadian Women: A History, 2011), Magda Fahrni s’intéressera à la réalité des inspectrices du travail au tournant du XXe siècle au Québec. Elle éclairera ainsi un pan important des réformes sociales qui sont mises en oeuvre à cette époque d’industrialisation accélérée. Aborder le rôle de certaines femmes dans la conception et la mise en oeuvre de mesures sécuritaires permet de réfléchir différemment aux enjeux de citoyenneté. Car les réformes visent principalement des catégories d’individus qui, bien que reconnus comme travailleurs, sont pourtant exclus de la citoyenneté formelle (les femmes et les enfants). L’intégration du concept de « citoyenneté sociale » permettra de nourrir les débats de cette séance.

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Immigrant Rights as Civil Rights: Ethnic Mexican Organizations, Catholic Social Services, and the Limits of Title VII

Maggie Jane Elmore
Vendredi le 2 septembre à 11 h

Maggie Jane Elmore, doctorante en histoire à l’University of California, Berkeley, proposera une communication sur les droits civils des migrants d’origine mexicaine dans l’histoire récente des États-Unis. Elle mettra en lumière le rôle inattendu des services sociaux catholiques comme agence d’accueil et d’accession à la citoyenneté pour les migrants, mais aussi comme groupe de pression visant à faire passer une loi en 1986 octroyant un statut légal aux migrants clandestins (IRCA). La question sociale que soulève la migration illégale ne peut pas, pour les militants des associations « ethniques » d’aide aux migrants comme pour l’Église catholique, être disjointe de la pleine citoyenneté. Mme Elmore montre comment la mobilisation militante produit une conception pleine et entière de la citoyenneté sociale, et tente de peser dans les politiques publiques afférentes.
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