David Niget

Publié le 23 juin 2016*

David Niget est maître de conférences en histoire à l’Université d’Angers, affilié au Centre de recherches historiques de l’Ouest (CNRS, France) et au Centre d’histoire des régulations sociales (UQAM, Québec). Reconnu pour ses travaux sur la rééducation des mineurs au Québec, en France et en Belgique, il place l’agentivité historique de la jeunesse au cœur de ses recherches. Sa réflexion actuelle sur l’observation médico-pédagogique, qui se développe en France, en Belgique et au Québec entre 1945 et 1970, vise à mettre en lumière l’ascension des experts dans la définition et le traitement de la délinquance juvénile, révélant ainsi le double mouvement instauré par ces nouvelles approches : incitation à l’autonomisation des jeunes en tant que citoyens en devenir, d’une part, et subjectivation croissante de ces mêmes jeunes, ciblés par des thérapies nouvelles invasives de leur intimité psychique, de l’autre. Il ne s’agit ainsi pas uniquement de dévoiler les processus de prise en charge mais aussi d’examiner la réaction des jeunes à l’endroit de ceux-ci.


Entrevue par Cory Verbauwhede, en vue de la communication qui aura lieu le 1er septembre à 11 h intitulée « Sciences du psychisme et citoyenneté dans les institutions de rééducation pour jeunes délinquantes en France et en Belgique (1945-1970) ».


Cory Verbauwhede : Parlez-nous de votre parcours.

David Niget : Ma recherche doctorale, sous la direction de Jean-Marie Fecteau, fondateur du Centre d’histoire des régulations sociales dont je suis un chercheur affilié, a porté sur la mise en place du Tribunal pour enfants en France et au Québec. J’ai voulu apporter une perspective non-institutionnelle et non-juridique à une histoire qui demeure très classique dans son ensemble, en centrant mon travail sur les jeunes et leur « expérience sociale ». Je me suis d’abord intéressé à la première période d’existence du tribunal, de sa fondation en 1912 au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, puis un poste de recherche postdoctorale à l’Université catholique de Louvain (UCL) m’a permis d’étendre la période étudiée jusqu’aux années 1950-1960, en me penchant sur le cas, passionnant, de la Belgique.

CV : Comment distingueriez-vous votre approche d’une historiographie plus « classique »?

DN : Lorsque j’étais aux études, l’histoire sociale se concentrait de plus en plus sur les acteurs, en suivant les propositions épistémologiques de Boltanski par exemple. Dans mon domaine, cela impliquait de s’intéresser au « sujet juvénile » qui fait face aux systèmes de normes instaurés par les institutions bien plus qu’aux institutions elles-mêmes. Je suis donc un chercheur de mon époque.

Lire la suite…

Sciences du psychisme et citoyenneté dans les institutions de rééducation pour jeunes délinquantes en France et en Belgique (1945-1970)

David Niget
Jeudi le 1er septembre 2016 à 11 h

Réputé pour ses travaux sur la rééducation des mineurs au Québec, en France et en Belgique, David Niget (U. d’Angers, France) est un collaborateur très assidu du Centre d’histoire des régulations sociales. Sa réflexion sur l’observation médico-pédagogique, qui se développe en France entre 1945 et 1970, permettra de mettre en lumière l’ascension des experts dans la définition et le traitement de la délinquance juvénile. Ses réflexions révèleront le double mouvement instauré par ces nouvelles approches : incitation à l’autonomisation des jeunes, d’une part (en tant que citoyens en devenir), et subjectivation croissante de ces mêmes jeunes, ciblés par des thérapies nouvelles invasives de leur intimité psychique, d’autre part. Il ne s’agira pas de dévoiler uniquement les processus de prise en charge, mais d’examiner la réaction des jeunes à l’endroit de ceux-ci. L’agentivité historique de la jeunesse sera donc au coeur de la réflexion.

Lire la suite…