Caroline Durand

Publié le 26 juillet 2016*

Grâce à son ouvrage récent, Nourrir la machine humaine (2015), Caroline Durand est reconnue comme la spécialiste de l’histoire politique de la construction des normes associées à la bonne alimentation au Canada. Sa présentation s’inscrira dans une séance sur les politiques du corps dans les années 1960 à 1970. L’historienne abordera la question sociale du point de vue de l’alimentation et de la santé et explorera, plus particulièrement, l’évolution des pratiques de consommation à la lumière de nouvelles exigences normatives associées à la compétence citoyenne. Derrière la panoplie de discours normatifs ciblant avec une intensité nouvelle « le consommateur » de denrées alimentaires et l’enjoignant à cultiver sa santé, on peut lire un projet politique et comprendre comment se réorganise le lien entre l’État et le corps de ses citoyens


Propos recueillis et mis en forme par Martin Robert, en vue de la communication qui aura lieu le 2 septembre à 13 h 30 intitulée « Consommateur averti, citoyen compétent, individu bien nourri? Alimentation, consommation et nutrition durant les années 1970 ».


Martin Robert : Comment cette idée de communication s’inscrit-elle dans vos recherches ?

Caroline Durand : Le point de départ de mon idée de communication, c’est l’instauration par le gouvernement fédéral en 1973 d’une commission d’enquête, La commission de surveillance du prix des produits alimentaires pour répondre à une pression sociale qui se plaignait de la hausse du coût de la vie. On sort du front commun de 1972, les mouvements sociaux ont des discours extrêmement militants, très radicaux. Le gouvernement fédéral tente de calmer les ardeurs et cette commission d’enquête est une des manières par lesquelles il tente de montrer qu’il se préoccupe de la hausse du coût de la vie. Cette commission a publié une soixantaine de rapports, dont certains s’adressent directement à la population et formulent une série de discours normatifs sur les manières d’être un bon consommateur dans la société de consommation moderne.

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Isabelle Perreault

Publié le 4 juillet 2016*

Isabelle Perreault est historienne professeure adjointe au département de criminologie de l’Université d’Ottawa. Elle est membre du projet de recherche Sociologie historique du suicide au Québec, 1763-2000.


Propos recueillis et mis en forme par Martin Robert, en vue de la communication qui aura lieu le 2 septembre à 13 h 30 intitulée « Les débats moraux autour des projets de lois sur l’avortement et la tentative de suicide au Canada, 1969-1972 ».


Martin Robert : Pourquoi penser ensemble suicide et avortement ?

Isabelle Perreault : Bien sûr, la question du suicide et celle de l’avortement sont différentes, entre autres parce que le fœtus n’est plus considéré comme une personne juridique dans le droit canadien, il n’a donc pas les droits reconnus à une personne. Le suicide concerne des personnes juridiques réputées rationnelles. Pourquoi penser ensemble le suicide et l’avortement ? Parce que souvent, les personnes qui sont pour l’avortement sont aussi contre le suicide, ce qui peut sembler paradoxal. J’ai voulu comprendre pourquoi. Politiquement parlant, je suis pro-choix dans les deux cas, mais par mes recherches, je cherche moins à justifier l’avortement ou le suicide qu’à savoir comment on les a conçus dans l’histoire.

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Les débats moraux autour des projets de lois sur l’avortement et la tentative de suicide au Canada, 1969-1972

Isabelle Perreault
Vendredi le 2 septembre à 13 h 30

Membre de longue date du CHRS, la criminologue Isabelle Perreault est spécialiste de l’histoire de la santé mentale, du corps et des régulations sociales. À partir des débats tenus à la Chambre des Communes, elle analysera ces questions hautement sensibles que sont la décriminalisation de l’avortement et du suicide. Perreault éclairera ainsi une mutation importante de la question sociale survenant dans ces décennies où les moeurs se transforment de manière accélérée. L’affirmation contestée du droit à disposer de son propre corps et de sa vie marque, en effet, une profonde redéfinition des normes au sein de la société canadienne de l’époque. Alors que les liens entre corps, moralité et citoyenneté seront abordés, la question du genre — transversale dans le colloque — sera aussi considérée.

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Consommateur averti, citoyen compétent, individu bien nourri? Alimentation, consommation et nutrition durant les années 1970

Caroline Durand
Vendredi le 2 septembre à 13 h 30

Grâce à son ouvrage récent, Nourrir la machine humaine (2015), Caroline Durand est reconnue comme la spécialiste de l’histoire politique de la construction des normes associées à la bonne alimentation au Canada. Sa présentation s’inscrira dans une séance sur les politiques du corps dans les années 1960 à 1970. L’historienne abordera la question sociale du point de vue de l’alimentation et de la santé et explorera, plus particulièrement, l’évolution des pratiques de consommation à la lumière de nouvelles exigences normatives associées à la compétence citoyenne. Derrière la panoplie de discours normatifs ciblant avec une intensité nouvelle « le consommateur » de denrées alimentaires et l’enjoignant à cultiver sa santé, on peut lire un projet politique et comprendre comment se réorganise le lien entre l’État et le corps de ses citoyens.

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