L’incarcération de l’Autre : prisons, immigrants et citoyenneté à Québec et à Montréal, 1810-1914

François Fenchel
Donald Fyson
Mercredi le 31 août à 10 h 30

François Fenchel est historien et criminologue. Sa thèse de doctorat, portant sur l’histoire de la prison de Montréal au XIXe siècle, en fait l’un des principaux chercheurs canadiens sur cette question. Avec Donald Fyson, Fenchel propose d’étudier un processus paradoxal, celui de l’assimilation des population migrantes à la société canadienne par l’institution carcérale. Privative de droits, la prison vise pourtant, dans son principe, à la fabrique du citoyen responsable et honnête. Par sa visée protectrice et réformatrice, la prison est un des outils d’intégration sociale et civique, qui contraste, par exemple, avec le processus d’exclusion que représentaient les mesures de déportation des immigrants pratiquées au XIXe siècle et étudiées par F. Fenchel et D. Fyson.

Si on définit la citoyenneté non seulement comme un statut juridique, mais comme un processus d’intégration de l’individu à l’ensemble social, comme une capacité d’agir en société, l’espace carcéral revêt son ambiguïté caractéristique : la prison est aussi instrument de « construction » de la personne, sous l’angle notamment de la réhabilitation ou de la réforme du prisonnier. En ce sens, la prison, malgré son caractère répressif, peut aussi signaler une reconnaissance paradoxale de l’Autre, de ces immigrants que l’on soumet au même traitement que la population locale. En explorant le discours et les pratiques entourant l’incarcération des personnes immigrantes dans les prisons de Montréal et de Québec de 1810 à 1914, la présentation vise à explorer la perception et le rôle de la prison dans l’incorporation des étrangers à la société. Peut-on distinguer des caractéristiques propres à des espaces urbains distincts, des évolutions dans la similarité ou la différence? À l’instar de l’étiquette apposée aux pauvres, l’espace carcéral permet-il de distinguer entre bons et des mauvais migrants, de statuer sur la valeur citoyenne de l’étranger?