L’enfance et la fabrique de citoyens français pendant et après la guerre d’Algérie l’Association Jeunesse à Alger et en France (1957-1980)

Yves Denéchère
Jeudi le 1er septembre 2016 à 9 h 30

Professeur à l’Université d’Angers, Yves Denéchère a publié plusieurs ouvrages sur les questions reliées à l’enfance, à la citoyenneté et aux relations transnationales et, à ce titre, est l’un des principaux chercheurs sur ces thématiques. Collaborant de longue date aux réflexions du Centre d’histoire des régulations sociales, il a contribué à plusieurs reprises à faire valoir la pertinence d’étudier les prises en charges de l’enfance dans leur dimension politique. La réflexion qu’il propose sur la transformation des enfants nécessiteux d’Algérie en citoyens français, même au-delà de la période de l’Indépendance, sera un riche apport à cette séance portant sur « Âge et citoyenneté au milieu du XXe siècle ». Elle aura, entre autres, l’intérêt de mettre à profit la méthodologie de l’histoire orale, encore peu mobilisée par les historiens.

L’Association Jeunesse est créée à Alger en 1957 dans le but de recueillir des enfants algériens isolés et de leur apporter une formation assurant leur avenir. Cette entreprise sociale n’est pas exempte de dimension politique : il s’agit aussi de préparer ces garçons à devenir des citoyens français à part entière. Ainsi, les jeunes sont invités à changer leurs prénoms arabes ou berbères pour des prénoms français, voire à changer même de nom, à confirmer leur nationalité française et à renoncer à la citoyenneté algérienne ; ils effectuent leur service militaire sous les drapeaux français. La communication interrogera la fabrique de la citoyenneté associée à une réponse à la situation sociale de la guerre d’Algérie – où les enjeux sociaux autour de l’enfance et de la jeunesse sont exacerbés -, puis son prolongement en temps de paix. L’enquête tente de cerner les intentions biopolitiques, les motivations idéologiques et les modalités pratiques qui transforment des enfants nécessiteux d’Algérie en citoyens français, comme si c’était une victoire au-delà de la fin de l’Algérie française.

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