De désirables à indésirables. Le choix des colons dans le mouvement de colonisation des années trente : le cas de l’Abitibi et du Bas-Saint-Laurent

Jean-Philippe Bernard
Mercredi le 31 août 2016 à 13 h 30

La contribution de Jean-Philippe Bernard, doctorant en histoire à l’UQAM (Boursier CRSH), propose de considérer l’histoire de la colonisation des régions périphériques du Québec dans les années 1930 comme un exemple de régulation sociale mettant en jeu la notion de citoyenneté. En effet, les autorités, pour réduire le problème du chômage de masse des grandes cités laurentiennes, mettent sur pieds un dispositif de sélection des candidats à la colonisation selon des critères qui répondent à la définition du « bon citoyen ». C’est à travers une analyse de la fabrique des inégalités sociales et civiques dans les années 1930 que se prête cette étude innovante, qui confronte les normes publiques avec les stratégies individuelles autour de la figure, hautement investie politiquement au Québec, du colon.

La colonisation de l’arrière-pays québécois apparaît, durant les années trente, comme une solution à la crise économique et aux tensions se développant en milieu urbain. Nos recherches entreprises dans le cadre de la maîtrise, et poursuivies au doctorat, visent à produire un portrait du vécu migratoire de ces personnes établies dans ces nouvelles colonies. Grâce à certaines sources, notamment de la documentation officielle et de la correspondance entre les agents de colonisation, les missionnaires colonisateurs et les colons, est apparu un portrait du colon « désirable » qui, rappelant les discours sur le pauvre « méritant », permet de plonger au coeur des idéologies sous-tendant la colonisation, tout en confrontant celles-ci aux stratégies et aux résistances empruntées par les colons pour déjouer ou refuser cette entreprise de filtrage.

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